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Lundi 06 Septembre 2010

Articles de Richard Ladwein


Le marché des émotions électroniques: Aibo, Furby et les autres


Robots et émotions

Les chiens robotiques qui s’agitent, les chats en peluche qui expriment leurs émotions, les voitures qui consonent avec leur propriétaire. Pourquoi tant de d’énergie de la part des producteurs à créer des « choses » qui sachent exprimer des émotions ?
Aibo, un drôle de chien qui bouge, plus que ça un véritable droïde, précurseur créé par Sony. Il autorise l’interaction. Si celle-ci est déshumanisée, ce que soulignent les formes rudes et aluminées, l’objet animé est étonnement réactif et semble doté d’une intelligence artificielle qui module finement les interactions.
Les Furby sont plus doux. Adorables peluches réactives dotées de grands yeux, elles offrent des registres émotionnels très variés. Ces créatures ne sont pas les seules et l’on en découvre chaque jour davantage. Aibo s’est vu amplement copié et sur des marchés plus grand public.
Nocomo, le chat droïde en peluche offre une alternative féline face à la domination canine.

Une vie carencée en émotions

Le monde des hommes a besoin d’émotions. Avec Aibo ou Furby, ce besoin s’exprime dans la solitude ou dans l’imaginaire. L'individu est alors capable de mobiliser une énergie considérable pour créer ou maintenir le lien qui l’unit à l’objet. Celui-ci prend alors une place considérable.
L'intérêt du Furby réside par exemple dans l'échange. Le Furby dors, communique, nécessite de l'intérêt et de l'attention. L’inscription dans la vie quotidienne du Furby s’affine, se rend profonde, conséquence de l'investissement de l'homme dans la relation à l'objet.
A bien des égards le Furby est vivant par tout ce qu'il impose à la personne qui l'adopte. Sur un mode différent Aibo est caractéristique d'une relation de domination. Aibo est certes joueur mais mais quand même moins facétieux que Furby. Il doit se plier à son maître.

Du ludique pour masquer le besoin

Ce monde post-moderne est également celui de la destruction des liens sociaux. Ceux-ci sont plus diffus qu’autrefois, moins insérés dans un ordre social que l’organisation du village rendait visible. La mobilité professionnelle crée de l’isolement mais le besoin d’interactions ou d’échanges ne s’estompe pas pour autant.
Savoir développer des relations interpersonnelles nécessite quelques compétences. Celles-ci se perdent. Alors les expédients prennent le relais. Trouver des émotions devient-il une quête ou simplement une curiosité ?
Sans doute les deux. Pour les uns, la carence émotionnelle, relationnelle ou amoureuse impose la recherche de succédanés. Ceux-ci s’installent, pas forcément de manière durable dans la vie quotidienne, se renouvellent comme des relations amoureuses malheureuses ou des amitiés contingentes. Pour les autres la curiosité fait écho à l’étrangeté de la vie quotidienne.
Pourquoi ne pas essayer alors que dans l’entourage, d’autres semblent se satisfaire de ces curiosités ludiques qui offrent des interactions émotionnelles ?

Le marché de la carence 

L’analyse postmoderne révèle de nouveaux champs motivationnels de masse. Les marchands les colonisent. S’il est des défis technologiques, il n’en reste pas moins vrai que les émotions deviennent un marché. Expérience de consommation ludique ou véritable expédient à une vie émotionnelle carencée, les émotions électroniques s’installent.



Références:

Lipovetsky G. (1993), L'ère du vide, essais sur l'individualisme contemporain, Gallimard, réed. Folio

Richard LADWEIN
Professeur à l’IAE de Lille
EREM - IAE de Lille
http://ladwein.free.fr




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